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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 12:52
Le blues d'un citadin en hiver
Le blues d'un citadin en hiver
Le blues d'un citadin en hiver

 

Enfermé dans ses quatre murs, il entend le vent hurler dehors dans une longue plainte, modulée au gré des rafales. De temps en temps, lorsqu'elles sont plus fortes, elles viennent s'écraser contre les volets en les agitant violemment, comme si le vent voulait entrer en force sans y avoir été invité.


Une atmosphère lugubre et déprimante ! Mais il se dit qu'il a tout de même de la chance d'être à l'abri. Que d'autres ce soir, des naufragés de la vie échoués sur le macadam, cherchent sans doute à s'abriter de la tempête qui sévit, étant aux premières loges des intempéries. Beaucoup n'ont probablement qu'une seule solution, c'est de se réfugier sous un carton, mais en plein courant d'air sous l'arche d'un pont, ou autre lieu permettant seulement de se protéger de la pluie, mais pas du froid et du vent, comme une porte cochère, les marches d'accès au métro ! Une niche à chien ferait l'affaire, pourvu qu'ils soient au sec en attendant le retour d'une accalmie !


Il se dit : quelle misère ! Il tourne en rond dans son logis, comme un fauve en cage, et ce vent commence à lui prendre la tête, alors que son horizon est bouché avec ses volets fermés. La pluie s'est jointe au vent pour rappeler que le déluge a eu lieu et qu'un certain Noé avait bien prévu son coup d'y faire face, en construisant son arche, et d'y faire venir tous les animaux de la création pour en éviter la disparition. Voilà un homme qui était prévoyant, tout de même, pense-t-il, comme s'il parlait avec quelqu'un. Quand on voit qu'aujourd'hui, les hommes s'activent si peu à construire une autre arche, alors qu'un autre déluge menace et se profile même à l'horizon des jours , loin de promettre de voir la vie en rose ! continue-t-il de penser, en sourdine, dans son monologue intérieur.


Bien au contraire, ils sont devenus tellement nombreux que les animaux sont à leurs yeux des rivaux, jusqu'à les rendre coupables des pénuries de nourriture à venir, alors que ce sont eux les responsables, à prélever toutes les richesses de la Planète. Une Terre qui n'en peut plus, quant à elle de fournir, alors que ses ressources ne sont pas inépuisables. Ses pensées se bousculent que ce temps ne favorise pas à l'optimisme. Il s'est assis dans son fauteuil, et comme un petit vieux ressassant son passé, il déplore cette situation. Mais il se sent bien impuissant, fatigué, dépité, avec son propre destin qu'il porte sur ses épaules, et qui l'écrase un peu plus chaque jour davantage ! Afin de fuir les faux-semblants, ou ne pas avoir à se justifier tout le temps de ses mauvais choix, ni de sa décadence sociale, il a opté pour une compagne de plus en plus fidèle, la solitude. Elle lui colle à la peau comme une maîtresse aimante et il a fini par l'accepter pour lui confier son désespoir, en sachant qu'elle saura l'écouter toujours, sans le juger, mais aussi sans le plaindre. Il a horreur de la compassion et ne veut plus se heurter aux humiliations. Il ne pense qu'à fuir ce système pourri en habillant sa vie d'ermite en sa demeure, après descente forcée aux enfers, de rêves tout éveillé qui l'entraînent dans un monde, où personne n'a d'emprise sur lui, devenu maître de ses pensées sans craindre de sombrer dans la folie.


Et si folie est synonyme de monde à part, une fuite vers un ailleurs, et bien, il accepte de bon gré d'être catalogué sous cette catégorie, pour échapper à ce monde, soi disant normal, qu'il l'a éjecté comme un mal propre, sans autre motif que d'avoir atteint la limite d'âge pour prétendre retrouver du travail.


Pour l'instant, il s'enlise lamentablement dans ses idées noires. Si seulement, il pouvait voir la panique des arbres plantés en bas de son immeuble, agrippant désespérément leurs feuilles que le vent tente d'arracher à chaque rafale. Il pourrait aussi voir la pluie marteler le sol et fixer son regard sur ce rai de lumière des lampadaires se reflétant dans l'eau, transformant les rues et les trottoirs en miroir.


Rien de pire que d'avoir son horizon bouché et de sentir des chaînes à ses pieds le priver de liberté ! Ce n'est pas que celui qu'il a devant les yeux depuis des années est le plus agréable des horizons, puisque matérialisé par les toits gris de la ville, ainsi que par les barres de HLM, un peu en retrait, et suffisamment inesthétiques pour lui gâcher le plaisir de les regarder. Mais il a au moins le privilège d'habiter en hauteur d'un immeuble de vingt étages et que sa vue imprenable lui permet une envolée au-delà de la ville, à poser son regard sur l'horizon prometteur d'évasion.......l'ouest !


C'est celui qui mène vers l'Atlantique, et de l'autre côté, l'Amérique ! Lui qui rêve de mettre les voiles, dès lors que son statut de chômeur longue durée le maintient prisonnier, combien de fois n'a -t-il pas accueilli de manière providentielle ces coups de vents inopinés, lui permettant d'imaginer emprunter leurs ascendants, comme on prend un train, ou plutôt un avion et se servir de ses ailes pour se joindre à l'escadrille des oiseaux en route vers la grande migration annuelle ?


Cet état de retranchement et d'enfermement l'étouffe peu à peu et dehors la pluie martèle violemment la rambarde en alu de son balcon. Si seulement, c'était des notes de musique qui prenaient le relais !!!


Il a le choix entre se laisser sombrer dans son coup de blues aggravant sa déprime, ou laisser libre cours à son esprit, toujours partant à se faire la belle pour déjouer ses frustrations.


En fait, il n'a pas le choix et son esprit est déjà dans les airs, en divagation, à la recherche de quelque part ailleurs, où l'air est respirable et son champ visuel à perte d'horizon. Il se voit planer vers l'ouest, irrésistiblement attiré par la mer, le chant de ses vagues et le parfum de ses embruns. Il adore cette sensation d'apesanteur lui faisant oublier l'attraction terrestre avec ce sentiment, bien souvent, d'être passé sous un rouleau compresseur. Il est devenu un oiseau, comme il a toujours rêvé être du haut de son balcon, lorsqu'il s'accoude le soir quelques minutes en regardant le soleil se coucher, quand ce dernier veut bien lui faire l'honneur de sa peinture céleste.


Ses yeux balaient la carte du sol comme l'aigle cherche une proie. Tout lui paraît si accessible d'un seul regard et il se sent tout puissant tout à coup, avec cette distance prise par rapport aux choses terriennes, devenues subitement si insignifiantes, si minuscules.


Soudain, il se retrouve dans les nuages, ces passagers du vent qui s'effilochent au fur et à mesure de leurs bousculades désordonnées et tributaires du dieu Éole. Leur humidité le rafraîchit au passage. C'est comme une bruine hydratant le visage. Il se surprend à avoir envie d'imiter Pierrot en faisant une petite escale sur un coin de lune, dont il aperçoit le premier quartier s'imposer dans le ciel encore si clair du jour. Au dessus de sa tête, les nuages se sont finalement dispersés et le ciel est d'un bleu limpide, comme hors d'atteinte des intempéries terrestres. De Pierrot, il se voit métamorphosé en ange, dont les ailes lui permettent de poursuivre cette envolée fantastique dans un univers à la hauteur de ses rêves et encore plus près des étoiles. Un tel voyage de nuit lui apparaît alors comme une nécessité dans cette échappée belle, que lui seul peut s'offrir, sans plus aucune contrainte.


Mais soudain, il est brutalement attiré par un courant descendant lui asséchant immédiatement le visage et lui ôtant cette sensation d'humidité bienfaisante sur tout le corps. Comme si un sèche-cheveux s'était mis en action pour l'empêcher d'attraper froid. Et le moment tant attendu se produit, quand il peut enfin s'accorder un piqué en douceur au-dessus du rivage dentelé, qui se dessine sous ses yeux en côte déchiquetée, et que l'océan malmène inlassablement en vagues fracassées contre cette masse rocheuse servant de rempart à leurs assauts rugissants. Ses yeux s'imprègnent du spectacle comme un homme dans le désert découvre une oasis pour enfin se désaltérer.


Il se souvient alors de Jonathan Livingstone le Goéland, frôlant à presque toucher de ses ailes déployées ces vagues majestueuses en planant ; rasant leurs crêtes écumeuses pour se rendre complice de la mer et du vent, afin de former la trilogie d'une nature vivante, dont le mot Liberté a toute sa légitimité ! Une musique emplit ses oreilles, celle du concerto de la Nature, dont les notes se perdent dans les plis ondulés d'un océan, qui se veut chef d'orchestre et musicien à la fois.


Son bonheur est intense et il réclame l'éternité à cet instant où plus rien ne compte que l'ivresse du vol et la beauté du paysage, que l'océan sublime de sa force vitale et ressourçante. Il aperçoit alors des voiles blanches sur une coque noire, un voilier plongeant son étrave sans jamais renoncer à aller de l'avant. Il s'interroge : « Serais-je enfin au paradis ? »


Il l'a pensé d'ailleurs si fort, que sans se poser davantage de questions, sans même s'en rendre compte, il se retrouve à son bord, à la barre, les yeux rivés sur le compas pour vérifier son cap. Deux marins, tout de blanc vêtus, réduisent la voilure pour aider le navire à amortir le vent et ne pas contrarier la mer, en vue d'une navigation confortable, sans avoir à se confronter à la force des vagues. Comme deux notes de musique se mettent en accord, pour entamer une mélodie, et finir sur une symphonie.


Son corps a retrouvé l'attraction terrestre, que les mouvements du bateau accentuent en l'obligeant à maintenir son équilibre. Tous ses muscles sont en action et seul le calme plat les mettra au repos.


Les vagues encore grossies d'un coup de vent précédent rattrapent le bateau en le menaçant de l'engloutir avec tout son équipage. Mais elles se contentent de leur faire peur et soulèvent la coque comme elles le feraient avec un bouchon, en le malmenant un peu. Et pour mieux leur rappeler qu'elles sont toutes puissantes, font déferler leurs crêtes d'une écume rageuse, tel un lion rugissant pour imposer sa loi !


Totalement à leur merci, il subit les hauts et les bas de cette mouvance, qui n'est pas autre chose que sa vie aléatoire sans aucun but précis, une fuite devant le mauvais temps qui l'a rattrapé depuis longtemps, et dans lequel il se débat de moins en moins, son énergie s'étant amenuisée comme une batterie affaiblie par manque d'activité.


Le vent siffle à ses oreilles et, en lui giflant le visage au passage, y dépose les embruns des grands espaces et de tous les espoirs de renouveau. Sa langue récupère avec précaution la fine couche de sel que ses lèvres gourmandes ont maintenu prisonnier. Ce sel de la vie qui ne l'alimente plus que dans sa fuite vers cet ailleurs, où la pensée s'envole sans entrave d'aucune sorte. Sa seule liberté dans l'enfer de son existence à faire pleurer dans sa chaumière toute la pluie du ciel ! Et il s'évade ainsi, entre le ciel et l'eau, livrant son âme brisée comme un pavillon en berne hissé en haut d'un mât, que le vent attristé ne peut plus faire claquer.


Au plus fort de la tourmente que la réalité lui ressert par cette pluie battante secouant violemment ses volets, il se retrouve à terre, comme un oiseau mortellement blessé, échoué dans son fauteuil, ayant perdu le cap à jamais de sa destinée. Son rêve s'est évanoui et le poids de son propre corps l'écrase.


Entre le ciel et l'eau, il a choisi ! Entre se noyer ou s'envoler, il ne peut plus hésiter. L'essentiel à présent pour lui est d'oublier sa survivance, alléger son corps et en même temps son âme, s'élever dans les airs jusqu'à ne plus voir la terre, voler vers l'infini et atteindre son paradis ! Une mer de tranquillité, un repos pour l'éternité.


C'était un jour de blues, un jour de trop c'est trop dans sa vie ressemblant à un bateau fantôme à la dérive, livré aux intempéries et aux caprices des courants. Il avait avalé ses comprimés avec une bouteille de whisky sans plus trinquer à sa santé et l'ivresse a fait le reste pour l'empêcher de changer d'avis.


Ses yeux se sont fermés, comme un rideau est baissé après la représentation. Son visage a libéré ses traits tirés, témoins de sa souffrance à résister contre les courants contraires. Ses mains tiennent encore son verre qu'il avait vidé d'une seule traite et son corps immobile continue d'épouser son fauteuil. On pourrait croire qu'il dort, ivre jusqu'à plus soif, paré pour quelques heures à cuver son overdose d'alcool. Sa tête a quitté la position droite pour venir pencher sur l'une de ses épaules. Une épaule qu'il aurait tant aimé trouver pour remonter la pente. Mais il aurait dû penser qu'un seul ami il avait. C'était lui et son épaule a toujours été là pour le soutenir. Il aurait dû le comprendre qu'on est toujours seul dans la vie. Dès la naissance, c'est le lot de chacun, même si un peu plus tard la donne est changée, le temps que la Nature fasse son œuvre pour la survie de l'espèce. Elle regroupe alors les êtres le temps de faire un bébé et puis c'est le retour à la case départ, sans tambour ni trompettes.


C'était un jour de blues, mais le moment fatal pour un homme rêveur, vivant seul, abandonné, ayant choisi l'envol plutôt que la noyade, rejoindre les étoiles, plutôt que les abysses. Un homme dont le corps ne sera réclamé par personne, ayant depuis longtemps tourné le dos à la vie, et payé le prix élevé de ne plus avoir sa place au sein d'une société broyeuse d'identité.


 

Julie Tomiris

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